Le cheveu est l'une des premières choses que l'on voit chez quelqu'un, et l'une des premières choses que l'on a utilisées pour dire qui l'on est. Pendant des millénaires, il a été un langage : il disait le rang, l'âge, la famille, la foi, le deuil, la fête, parfois la résistance. Cet article traverse l'histoire, de l'Antiquité à aujourd'hui, pour comprendre pourquoi Maison ERON® défend une idée simple : on ne dénature pas un cheveu, on le respecte et on le glorifie.
Sommaire
- L'Antiquité : Égypte, Mésopotamie, Rome
- L'Afrique : une coiffure est un message
- L'Asie : huile, rituel et soin
- Le Maghreb et le Maroc, carrefour des routes
- Ibn Battuta, un Marocain à travers l'Afrique et l'Asie
- Quand le cheveu devient un enjeu de domination
- Les luttes du XXe siècle
- Aujourd'hui : le cheveu naturel, la loi, l'industrie
- Ce que nous en retenons
1. L'Antiquité : Égypte, Mésopotamie, Rome
En Égypte ancienne, les coiffures et les perruques accompagnaient le rang social, les cérémonies et la vie religieuse. Les huiles, les onguents et les parfums faisaient partie de l'hygiène et du soin. Le henné y était utilisé pour colorer les cheveux, les ongles et la peau : la momie de Ramsès II est régulièrement citée comme exemple, avec des cheveux ayant reçu une teinture rougeâtre. En Mésopotamie, les chevelures et les barbes soignées, parfois bouclées au fer, signalaient les élites. À Rome, les coiffures des femmes de l'aristocratie étaient des signes de statut, et les bains publics (thermes) ont ensuite influencé la culture du hammam en Afrique du Nord.
2. L'Afrique : une coiffure est un message
Dans de nombreuses sociétés africaines, la coiffure est un langage visible. Selon les peuples et les époques, elle pouvait indiquer :
- l'âge et le passage d'une étape de vie à une autre,
- le statut marital, la maternité, le deuil,
- l'appartenance à un groupe, à une région, à un clan,
- le rang, la fonction ou le rôle dans la communauté.
Quelques exemples connus
- Les Yoruba (Afrique de l'Ouest) : la coiffure, en particulier la tresse et le fil, est un art. Le tressage et le « threading » (irun kiko), où l'on enroule des mèches avec du fil, sont des gestes anciens.
- Les Himba (Namibie) : les femmes recouvrent leurs cheveux et leur peau d'un mélange appelé otjize, à base d'ocre et de matière grasse. Le style des tresses indique l'âge et le statut.
- Les Maasai (Kenya, Tanzanie) : la coiffure des guerriers, souvent des tresses enduites d'ocre, a une valeur sociale et rituelle forte.
- Les Touaregs et les peuples amazighes du Sahara : les coiffures et les voiles font partie d'un code vestimentaire et d'identité qui varie selon le sexe, l'âge et la région.
La tresse n'était pas seulement un style : c'était aussi un moment social. On se coiffait entre femmes, parfois pendant des heures, en discutant, en transmettant des histoires.
3. L'Asie : huile, rituel et soin
En Inde, le massage du cuir chevelu à l'huile est une pratique ancienne, liée à la tradition de l'Ayurvéda. Le mot « shampoing » vient du mot hindi champo, du verbe champna qui signifie masser. Il est entré en anglais au XVIIIe siècle, d'abord pour désigner le massage, avant de désigner le produit lavant. Les huiles (noix de coco, sésame, amla) et les plantes sont au cœur de ces rituels, souvent transmis de mère en fille. En Asie de l'Est, des soins comme l'eau de riz ont une longue tradition rapportée par la culture populaire, mais leurs effets précis restent discutés : mieux vaut les tester et observer.
4. Le Maghreb et le Maroc, carrefour des routes
Le Maroc se trouve à la jonction de l'Afrique subsaharienne, de la Méditerranée et du monde arabo-musulman. Les caravanes qui partaient de villes comme Sijilmassa (dans le sud-est marocain actuel) vers Tombouctou et l'Afrique de l'Ouest ont échangé du sel, de l'or, des étoffes, des plantes et des savoirs. Ces circulations ont nourri les cultures du soin : le henné, les huiles, les argiles, le savon noir, les parfums, les eaux florales. Chez les Amazighes (Berbères), les coiffures, les tatouages et les bijoux portaient aussi des signes d'appartenance.
Voir notre guide détaillé des rituels marocains : hammam, ghassoul, argan et henné.
5. Ibn Battuta, un Marocain à travers l'Afrique et l'Asie
Né à Tanger en 1304, Ibn Battuta quitte le Maroc en 1325 pour le pèlerinage à La Mecque et ne s'arrête plus. Pendant près de trente ans, il traverse l'Afrique du Nord, l'Égypte, la Syrie, l'Arabie, la Perse, l'Asie centrale, l'Inde, les Maldives, l'Asie du Sud-Est et la Chine, puis l'Afrique de l'Ouest au Mali en 1352-1353. Son récit, la Rihla, dicté à son retour au Maroc, est l'un des grands témoignages de l'époque. Il y décrit les villes, les cours, les repas, les vêtements, les coutumes et les différences entre les sociétés qu'il croise.
Ce qui nous intéresse ici : son récit rappelle que les gens, partout, se coiffent, se parfument, se lavent et se soignent selon des codes locaux très variés. Un voyageur marocain du XIVe siècle observait déjà que la façon de porter ses cheveux, de se couvrir ou de se découvrir la tête, disait quelque chose de la société, de la religion, du rang. Il y a six siècles, le Maroc était déjà un point de départ vers l'Afrique et l'Asie, et un lieu d'où l'on revenait avec des savoirs.
6. Quand le cheveu devient un enjeu de domination
Avec la traite transatlantique, la colonisation et l'économie des plantations, les cheveux texturés ont été jugés « difficiles », « sales » ou « non professionnels » par des sociétés qui imposaient leurs propres normes. Des lois ont parfois encadré la façon dont certaines femmes pouvaient se coiffer en public : l'exemple le plus connu est celui des tignon laws, en Louisiane, à la fin du XVIIIe siècle, qui obligeaient les femmes créoles de couleur libres à couvrir leurs cheveux d'un foulard. Elles ont transformé cette contrainte en déclaration de style, avec des étoffes somptueuses.
De nombreuses familles, pendant des générations, ont appris que lisser ses cheveux était un moyen de réussir. Ce poids social existe encore.
7. Les luttes du XXe siècle
- Madam C.J. Walker (1867-1919) : entrepreneuse américaine, fille d'anciens esclaves, elle a bâti une entreprise de soins capillaires pour femmes noires et est considérée comme l'une des premières femmes d'affaires à avoir fait fortune par elle-même aux États-Unis.
- Les années 1960 et 1970 : aux États-Unis, l'afro devient un symbole de fierté dans le contexte du mouvement des droits civiques et du Black Power. Des figures publiques comme Angela Davis l'ont popularisé.
- Le mouvement du cheveu naturel (natural hair) : depuis les années 2000, il est devenu mondial grâce aux blogs, aux réseaux sociaux et aux communautés en ligne qui échangent techniques et conseils.
8. Aujourd'hui : le cheveu naturel, la loi, l'industrie
Aux États-Unis, la loi CROWN Act, adoptée dans de nombreux États à partir de 2019, interdit la discrimination fondée sur la texture ou la coiffure. Au Royaume-Uni et en France, des affaires de discrimination capillaire à l'école ou au travail ont été médiatisées. En parallèle, l'industrie capillaire a longtemps ignoré les cheveux bouclés, frisés et crépus, ou les a vendus comme un problème à corriger.
9. Ce que nous en retenons
- Le cheveu est un héritage. Chaque texture porte une histoire.
- Le soin est un geste ancien. Huiles, argiles, plantes, eau : les bases n'ont pas changé.
- La norme est une construction. Aucune texture n'est « la bonne ».
- Un standard élevé ne devrait exclure personne.
Maison ERON®, fondée à Casablanca et pensée entre le Maroc et la Suisse, est là pour imposer ce standard : exigeant, accessible, fidèle à la fibre. On ne dénature pas un cheveu. On le respecte et on le glorifie.